On a vu : l’expo sur le cheveu noir, entre amour et rejet

“ Les cheveux étaient différents. Paul et Marielle les avaient bleu-noir et moins crépus. Un peu comme les personnes koulies. Anastasie portait d’épais cheveux de câpresse : ils lui couvraient les omoplates et nul ne savait qu’en faire. Jojo et le négrillon les érigaient en petits zéros, plus zéro et zéro (…). Ce qui n’était pas crépu était appelé beau cheveu ou cheveu-kouli, ou cheveu-bel”

Une enfance créole de Patrick Chamoiseau

Cet extrait du roman (que j’ai lu et relu) de Patrick Chamoiseau met en relief l’extrême importance du cheveu dans la communauté martiniquaise et de façon plus étendue, dans la communauté noire. Le cheveu et par extension, la coiffure était en Afrique un marqueur social qui déterminait l’ethnie, la position sociale, le statut marital.

Je suis une passionnée de coiffures et de soins des cheveux. En bref  » I’m in love with my hair ». Ayant les cheveux afro typés, dit “ kouli”, résultante du métissage indien, j’ai souvent été confrontée au questionnement concernant mon type de cheveux. La question récurrente étant ce que je mettais dans mes cheveux pour définir mes boucles. Avoir des boucles semblant être le Saint-Graal pour les cheveux crépus qui ne doivent surtout pas ressembler à du “ Jex”

C’est donc tout naturellement que je me suis intéressée à l’exposition réalisée par des élèves de CAP Coiffure du lycée professionnel Raymond Néris du Marin : « Le cheveu crépu au fil du temps : sublimation, rejet et réhabilitation ». Un superbe projet pédagogique. 

C’est donc avec curiosité et beaucoup d’enthousiasme que je me suis rendue à la Bibliothèque Schoelcher voir l’exposition de cette classe de CAP Métiers de la coiffure. Il s’agit d’un projet réalisé dans le cadre du chef d’œuvre (une réalisation collective qui permet aux élèves d’exprimer leurs compétences en lien direct avec leur cœur de métier). Les élèves sont partis à la découverte des coiffures crépues depuis la préhistoire.

Il s’agit là d’un véritable voyage culturel et identitaire qui a demandé un profond travail de recherches. Des panneaux explicatifs sont illustrés par des coiffures présentées sur des têtes d’étude. J’ai été particulièrement intéressée par les perruques des reines égyptiennes. J’ai notamment découvert que plusieurs d’entre elles avaient le crâne rasé et que leur célèbre apparence était due aux créateurs des plus impressionnantes coiffures du royaume. Celles-ci étaient composées de vrais cheveux et de fibres végétales.

Les cheveux ont aussi permis aux nègres marrons de survivre. En effet, ces derniers cachaient des grains de riz ou de l’or à l’intérieur de chaque tresse, ce qui leur permettait de se nourrir. J’ai été surprise d’apprendre que le maïs et le kérosène étaient utilisés comme shampoing.

Une phrase m’a aussi interpellé : “Les esclaves ont dû dissimuler leurs cheveux avec des mouchoirs de tête pour ne pas déranger leurs oppresseurs“. Nos fameuses « tèt maré « ont donc été pour elles un superbe moyen de se révolter.

Enfin, l’exposition se termine par la mode afro, le style nappy et le retour aux coiffures pré-coloniales, types nattes et tresses que j’affectionne particulièrement en mode African Queen.

Bilan

J’ai beaucoup apprécié cette exposition qui a reçu l’aide d’experts de qualité tels que Mme Juliette Sméralda, sociologue, Kofi Jicho Kopo, spécialiste des questions africaines et Aimé Charles-Nicolas, professeur émérite en psychiatrie. Un beau projet qui permet aussi de comprendre la considération du cheveu pour la population noire qui revêt une véritable symbolique. Le cheveu comme le “fil de l’âme”... En définitive  » Mwen Inmin chivé mwen and I think it’s beautiful ! « 

Equipe pédagogique : AURORE Danielle professeur d’Arts Appliqués et de Cultures Artistiques, SALOMON Guylaine professeur Documentaliste, GIRIER-DUFOURNIER Danny professeur de Technologies de la coiffure, JOSIEN Line-Rose coiffeuse spécialiste du cheveu crépu).

Ma sélection de livres sur le sujet 

L’auteure y explique la problématique du cheveu crépu et de l’aliénation culturelle qui persiste chez les peuples. Un livre à lire absolument !

  • Maité Piti Chivé de Vincent et Catherine Humbert (pour les enfants, car la transmission est primordiale).

Bien qu’elle fût jolie, qu’elle eût une famille qui l’aimait et qu’elle habitât sur une île où il faisait toujours chaud, Maïté était pourtant malheureuse comme les pierres. Ses petits cheveux, qui ne poussaient pas, faisaient d’elle la risée des filles de l’école. Que n’aurait-elle pas donné pour être semblable à toutes ? De tentatives en tentatives, d’échecs en échecs, parviendra-t-elle à avoir de beaux cheveux longs ?

Adé est une jolie petite fille à la peau noire, aux grands yeux bruns et aux cheveux crépus. Une chevelure magnifique et fournie, qui lui vaut néanmoins de nombreuses moqueries à l’école. Les autres enfants lui disant notamment qu’ils ont l’impression qu’elle a « comme un million de papillons noirs sur la tête ». Adé aime les fleurs, les papillons, les éclairs au chocolat et poser des questions. Un jour qu’elle est en compagnie de sa mère et de ses tantes, elle les interroge donc sur ses cheveux sans cesse raillés. 

Ma sélection de films 

  • Good Hair de Jeff Stilson, 2008

Un jour, Lola, 6 ans, demande à son père, Chris Rock, pourquoi elle n’a pas les «bons» cheveux. Cette interrogation émeut l’humoriste. A son tour, il se demande ce qui peut faire germer une telle question dans une toute jeune tête. Pour y répondre, il se lance dans une vaste enquête à travers les États-Unis, interrogeant de nombreuses personnalités américaines d’origine africaine sur la manière dont elles s’arrangent avec leur chevelure.

  • Nappilly Ever After ( Une femme de tête ) de Haiifa Al Mansour, 2018.

Une superbe comédie romantique sur l’acceptation de soi de Violet Jones incarnée par la superbe Sanaa Lathan. Celle-ci lisse ses cheveux depuis le plus jeune âge et entame une découverte de soi à la suite d’un fâcheux incident capillaire. Mention spéciale pour ce film que j’ai adoré. A voir sur Netflix.

  • Hair Love de Mattew A. Cherry, 2019.

Le film de six minutes raconte l’histoire de Stephen, un père afro-américain, qui apprend à coiffer pour la première fois les cheveux de sa fille, Zuri. A voir sur YouTube.

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