“Manmay manmay kouté, Kouté sa ki pasé. Sété an févriyé 1974. Adan chan zannana tou pré komin Basse-pointe. Asou bitasyon Chalvet tè bétjé ni pou ta yo. Ouvryé agrikòl té ka manifesté. Pou bétjé té ògmanté lè jounen bannan-la”. La populaire chanson de Kolo Barst a permis de découvrir ou de rappeler au plus grand nombre un événement majeur de notre histoire qu’il est primordial de transmettre à toutes les générations.
Février restera plus que jamais le mois des revendications et luttes sociales…
Une situation sous tensions
Marie-Hélène Léotin, historienne agrégée, rappelle dans un de ses ouvrages intitulé “ La grève de Janvier-Février 1974” le climat social tendu de l’époque avec une situation économique compliquée : du chômage, des jeunes qui quittent la Martinique, l’augmentation du coût de la vie.
Les nombreuses grèves (des lycéens, des banques, des dockers et des ouvriers agricoles) sont révélatrices du malaise ambiant. Ces derniers forment le comité de grève des travailleurs agricoles et réclament 35.46 francs par jour (le SMIG) au lieu des 20 ou 29 francs perçus. Ils rédigent 11 revendications comportant notamment le refus de la cherté de la vie chère et de la baisse du pouvoir d’achat, refus du chômage massif, égalisation des prestations sociales et des salaires. Cette grève débute le 14 janvier au Lorrain et se termine le 19 février par un protocole d’accord et un bilan très lourd qui marque encore les esprits aujourd’hui.

Le massacre de la Saint-Valentin
Il est difficile d’associer ces deux termes antinomiques et pourtant, c’est le 14 février 1974 qu’un véritable massacre survient. Des organisations syndicales comme la CGT et le Groupe Septembre 1870 (dont le nom s’inspire de l’insurrection du sud) marchent d’habitations en habitations pour appeler les ouvriers à la grève. Le préfet de l’époque, Christian Orsetti, qui qualifie la grève d’évènement déplorable, ordonne de faire cesser la grève par tous les moyens y compris par la force. Sur la route de Basse-Pointe, sur l’Habitation Chalvet, les ouvriers sont attaqués sans sommation par plus de 200 gendarmes armés.
Bilan : Ilmany Sérier, dit Rénor, 55 ans, père d’une grande famille perdit la vie. 5 hommes ont été blessés dont Guy Crétinoir, François Rosaz, Henri Rastocle, Omer Cyrille. Lors de ses obsèques, le corps torturé de Georges Marie- Louise (ouvrier maçon non gréviste) de 19 ans a été retrouvé sur une plage. Sa mort donne alors lieu à de multiples interprétations…

Un événement qui a marqué les consciences : 50 ans après, où en sommes-nous ?
Le vendredi 15 février 1974, une manifestation à Fort-de-France est organisée pour dénoncer la répression contre les ouvriers agricoles. 4 000 manifestants, y compris des lycéens y participent. La situation sociale se dégrade encore et un accord est signé pour 35,50 francs.
Et aujourd’hui ? De février 1900, à février 1974, à février 2009 jusqu’à février 2024, la population martiniquaise lutte encore et toujours : vie chère, chlordécone, chômage, revalorisations salariales… Ayen pa chanjé ! Ce qui est certain est que février 1974 a marqué un tournant dans la lutte sociale en Martinique.
Plusieurs manifestations sont organisées pour commémorer les 50 ans de cette période sombre, à partir de ce week-end entre marches commémoratives, bokantaj et projection du film de la réalisatrice Camille Mauduech qui revient sur cet évènement dans son long-métrage intitulé “Chalvet, la conquête de la dignité“. Un documentaire à voir absolument pour comprendre et se souvenir !
Retrouvez toutes les manifestations organisées ici : https://www.sonjefevriye74.com/
Quelques lectures
Rolande Bosphore, La fusillade oubliée. Bassignac 1923, Centre Littéraire d’Impression Provençal, 2019
Edouard de Lépine, La Crise de février 1935 à la Martinique : la marche de la faim sur Fort-de-France, Editions L’Harmattan, 1980
Marie-Hélène Léotin, La grève de janvier-février 1974, APAL Productions, 1995
Marie-Hélène Léotin, Martinique, la grève de février 1900 : centenaire de la fusillade du François, APAL Productions, 2000
Sources
https://oki.re/paroles/kolo-barst-fevriye-74
https://rci.fm/martinique/infos/Societe/50-ans-apres-la-memoire-encore-vive-de-Fevrier-1974#:~:text=de%20f%C3%A9vrier%201974.-,F%C3%A9vrier%201974.,30%20pour%208h%20de%20travail.
